La soif du pouvoir pimentée d’un grain de folie a transformé à deux reprises l’Europe puis le monde en boucherie sanguinolante décimant notre jeunesse. Pour tenter
d’oublier d’avoir flirté de trop près avec la mort, la libération a sonné le départ de la course à l’abondance, au tout, tout de suite, de peur que l’enfer nous rattrape une nouvelle fois.
Alors, on a tout fait en excès ; on a certes, beaucoup travaillé, beaucoup produit, beaucoup consommé, beaucoup dépensé, cash ou à crédit, beaucoup gaspillé et
beaucoup pollué.
Qu’importe, on a trop souffert au chemin des dames puis sur les plages de Normandie , à Hiroschima et Nagasaki aussi ; et que dire d’Auschwitz ou autre
Treblinka ; le monde entier, toute nationalité confondue avait besoin d’oublier l’enfer des tranchées ou l’explosion du champignon . On voulait du confort, du bien-être, plus de
privations ni de contraintes, profiter et si possible jouir de l’instant présent ; bref, on a donc brûlé la chandelle par les deux bouts, trop vite, sans réfléchir et on va s’en mordre les
doigts ou du moins ce qu’il en reste !
A foncer ainsi tête baissée dans l’ère du matérialisme, on a perdu nos valeurs et perverti la notion du bonheur. Pour commencer, on a coupé les liens avec notre
mère : la terre ; puis on l’a souillée, empoisonnée, tarie jusqu’à la stérilité ; faut pas s’étonner à présent qu’elle soit fâchée et qu’elle se rebelle ; Une mère
peut-elle pardonner à ses enfants autant d’ingratitude ?
Puis croyant rencontrer le bonheur dans l’accumulation de biens matériels, on a acculé les plus vulnérables à la faillite ; ne pouvant plus rembourser leurs
multiples crédits, on leur a saisi ce qu’ils s’imaginaient être leurs biens jusqu’à ce que les banquiers prêteurs mais pas donneurs les ramènent à la réalité ; ils se sont retrouvés à la rue
avec leurs meubles que l’on est venu récupérer ; mais pas eux !
Quant aux riches et aux puissants, l’accumulation de biens mobiliers, immobiliers, en dur ou en nature, ne les amusant plus, ils ont placé plus haut la barre
illusoire du bonheur ou plutôt de la jouissance du pouvoir et se sont mis à accumuler de l’argent ; l’argent coûte que coûte, comme une drogue qui les a rendus peu à peu inhumains jusqu’à
vendre père et mère, breveter et s’approprier tout ce qui est encore vivant pour encore plus d’argent !
La suite on la connaît pour la vivre au quotidien : de scandales sanitaires en scandales politico-financiers ; des patrons véreux qui délocalisent pour
engranger plus de bénéfices ; les profits qui augmentent inversement proportionnel aux reculs des acquis sociaux, des inégalités qui se creusent, le chômage, la malbouffe, l’obésité ;
l’Homme ou ce qu’il en reste est sous contrôle : scanné avec portable greffé à l’oreille et puce intégrée, aliéné sous prétexte de sécurité ; et résultat du tout chimique pour
intensifier les productions au nom de la sacro-sainte croissance : la pollution de l’air, des sols, des cultures, des rivières et ses conséquences en chaîne : cancers, alzheimer,
atteintes neurologiques et psychologiques diverses, stérilité…
Epuisement des ressources fossiles, accélération de la disparition des espèces vivantes et l’Homme en bout de chaîne ? Les puissants de ce monde par cupidité
se sont tout appropriés, piétinant au passage leurs congénères sans vergogne, ni remord ; ils ont pillé toutes les ressources naturelles, défiguré les paysages pour en extraire jusqu’à la
dernière goutte d’énergie fossile, les convertissant en argent pas toujours très propre, pensant ainsi se mettre à l’abri du besoin. Mauvais calcul !
Avant qu’il ne soit trop tard, la poignée de bourreaux qui exploite le reste de l’humanité devrait sans délai s’inspirer de la sagesse Indienne et réfléchir sur ce
proverbe transmis il y a fort longtemps qui résonne comme une mise en garde que l’on aurait tort de conjurer d’un sourire moqueur :
Quand le dernier arbre sera abattu
Le dernier poisson péché
La dernière rivière empoisonnée
Alors vous découvrirez
Que l’Argent ne se mange pas !
Tout ça pour ça ; Tout ça pour rien ! Eux non plus ne seront pas épargnés ; mais est-ce vraiment une consolation ? Ce choix de société
dévastateur ira-t-il jusqu’au bout de sa logique ou plutôt de son incohérence nous conduisant inexorablement à l’effondrement d’une civilisation avec comme corollaire la disparition de la race
humaine, faute d’avoir compris que l’Homme n’est qu’un grain de sable dans un eco-système dont il est partie intégrante et qu’il ne peut donc pas survivre à la destruction de son environnement
naturel.
Je ne crois plus que la solution se trouve au fond des urnes. Comment peut-on encore faire confiance à notre classe politique quand notre chef d’état assure le
Lundi qu’il va taxer le capital et déjeune le Mardi avec ses potes de la bande du Fouquet’s ; Que penser de ce guignol échevelé de Borloo qui offre l’image d’un écolo convaincu et qui en
douce avant de partir signe avec les multinationales de l’énergie le droit de défigurer la France du Larzac à l’Ardèche, de gaspiller l’eau précieuse, de polluer les nappes phréatiques,
d’empoisonner faune, flore et humains pour exploiter quelques gouttes de gaz de schiste pour une poignée de dollars supplémentaires, anéantissant ainsi des années d’efforts d’investissement pour
développer le tourisme dans cette si belle région. Jean Ferrat avait pourtant bien contribué à promouvoir notre Ardèche mais il faut croire que vu de Paris ça reste quelques crottes de chèvres
dans le trou du trou du cul du monde ; quelle pitié !
Avons-nous atteint le point de non-retour ? Pourra-t-on sauver l’Homme malade de son environnement contaminé ? La Nature déjà se rebelle de plus en plus
fort, de plus en plus souvent, soufflant le chaud et le froid, soubresauts suivis d’une brève rémission avant la prochaine rechute. A moins que les Hommes aussi jouent les insoumis et se
souviennent d’André Gide : “Le monde ne sera sauvé, s’il peut l’être, que par les insoumis”. En effet, l’heure n’est plus au fatalisme dans lequel nous a plongé un tel système ;
insoumis de tous les pays, il est urgent de se réveiller, de se rebeller, de s’unir et d’agir ; mais faites vite car Malraux l’a dit : “le 21ème siècle sera spirituel ou ne
sera point !”
Pour ma part, je crois encore à l’intelligence, à la connaissance, à la culture, à la spiritualité et aux êtres qui en sont pourvus pour nous sauver et reconstruire
un monde plus solidaire basé sur des valeurs plus morales, plus humaines et donc plus durables, plutôt que sur l’accumulation fulgurante mais aléatoire d’argent et de biens matériels comme fin en
soi qui, par définition , n’a pas d’après possible.
Pour un espoir retrouvé, un avenir à nouveau envisageable, je crois en des Hommes tels que Pierre Rabhi et ses solutions empreintes de sagesse, de bonté, conduisant
comme une évidence à la sobriété heureuse à condition toutefois que chacun assume “la part du colibri”. A ceux qui le qualifieraient trop vite d’utopiste, je leur répondrais que de tout temps ce
sont précisément les utopistes qui ont fait avancer le monde ; certes, ils sont aux antipodes des matérialistes ; il y a donc encore un long chemin à parcourir ; pas si sûr ;
la terre étant ronde et l’Histoire cyclique les 2 extrémités sont donc très proches l’une de l’autre ; et enfin, ce serait sous estimer le ras le bol général des survivants si ce n’est des
morts vivants qui aspirent à renaître et qui dans l’énergie du dernier souffle pourraient bien mettre en fuite les despotes de tout poil qui soumettent leur peuple à une quelconque soumission
d’ordre militaire, économique ou culturelle.